Our Recent Posts

Tags

Pas encore de mots-clés.

Message pour les patients suivis par Dre Boury-Simoes (Il va y avoir des changements ...)

L’accès à la médecine de première ligne au Québec est inadéquat, nous sommes tous d’accord sur ce point. Certains d’entre nous (les professionnels de la santé) essayons de trouver des moyens de rendre ce système plus facile et plus juste, mais nous n’avons aucun pouvoir sur la répartition des ressources dans notre territoire ni sur le nombre de médecins dans notre région (il est important de savoir que les médecins sont assujettis à des Plans régionaux d’effectifs Médicaux ou PREM, une sorte de quotas de nombre de médecins par région et croyez le ou non, à Tremblant nous sommes assez nombreux selon le ministère donc un médecin qui souhaite venir s’installer chez nous ne peux pas le faire, il faut attendre que le gouvernement émette un PREM). Plus d'informations sur les PREMs.

Il y a trois ans j’ai commencé à faire du suivi à la clinique du grand tremblant que j’ai ouvert avec Dr Landry. J’ai débuté avec 150 patients qui m’ont suivis depuis Labelle et le nombre augmente depuis ce temps là. Forcement au départ, mes patients avaient un accès rapide et facile à mes services. Aujourd’hui 3 ans plus tard, j’ai plus de 1000 patients en charge et je dois changer les méthodes de prise de rendez vous et de communication afin de protéger le personnel de la clinique et moi même. Il ne faut pas oublier qu’en plus de mes patients inscrits il m’arrive très régulièrement de m’occuper de patients d’autres médecins et surtout de patients sans médecin (orphelins) qui n’ont pas d’autre choix que d’essayer d’avoir un rdv avec un des médecins de la clinique s'ils ne veulent pas aller attendre 12 heures et plus à l’urgence pour un problème qui ne devrait jamais être vu à l’urgence (jamais avant d’arriver au Québec je n’avais soigné une otite à l’urgence). Comme certains le savent j’ai travaillé dans plusieurs pays avant d’arriver ici, et c’est ici que je trouve que l'accès en médecine de famille est le plus difficile et le plus injuste pour les patients. Lorsque vous avez la chance d'être inscrit à un médecin, vous faites partie d’un “club privé” et les rdv sont à votre disposition sans aucun critère d’urgence ou autre fixé par le ministère. Si vous êtes orphelin, même si vous êtes le voisin d’un de mes patients et habitez tous deux en face de la clinique, vous devrez aller à l'urgence ou faire des recherches sans fin pour trouver une place en clinique d'urgence alors que votre voisin pourra prendre rdv quand il veut et même pour des choses qui n’auraient pas nécessité de rdv.

Je suis donc contre ce système ou les patients s'inscrivent à un médecin mais je dois m’y plier pour avoir le droit de travailler au Québec au public. Si ça ne tenait qu'à moi je m'inscrirais personne et je serais disponible pour tout le monde habitant dans la région de la clinique ayant besoin d’une consultation que ce soit en urgence, pour renouveler des pilules, pour une grossesse ou pour un examen de prévention nécessaire en fonction de nos lignes directrices actuelles.

Je travaille avec des médecins et infirmières praticiennes ayant de multiples compétences, et pour certains patients je trouve qu’un autre professionnel ferait un meilleur travail que moi (nous avons tous nos domaines de prédilection et nos forces, la médecine générale est très variée et le manque de spécialistes fait que nous développons des compétences spécialisées au sein de notre groupe). La réalité de la médecine au Québec fait que si je fonctionnait comme ça, on me paierait 30% de moins qu’un médecin ayant des patients inscrits faisant exactement le même travail. Je ne connais pas beaucoup d'emploi ou de telles conditions existent. Je dois donc avoir des patients inscrits à mon nom pour remplir les exigences fixées par le ministère et avoir une rémunération adéquate. Il serait selon moi bien plus simple, plus efficace et plus juste d’inscrire un nombre de patients locaux à la clinique et de leur donner rdv selon les besoins et les professionnels disponibles. Si les patients étaient inscrits à la clinique au lieu d'être inscrit à une personne en particulier on favoriserait aussi le travail interdisciplinaire et les soins centrés sur le patient qui sont recommandés par toutes les sociétés médicales au lieu de centrer les soins sur le médecin et sa rémunération.

Même si l’amélioration de ce système doit obligatoirement passer par une augmentation du nombre de médecins et d'infirmières praticiennes dans la région, une façon de limiter le problème d’accès est de l’utiliser correctement.

Certains patients sont mécontents lorsque mes secrétaires leur demandent leur raison de rendez vous. J’ai entendu bien souvent une réponse comme “c'est mon médecin je la vois quand je le veux” ou alors “j’exige de voir mon médecin une fois par année comme d’habitude car j’y ai droit”.

C’est l'effet de “club privé” que je vous ai mentionné plus haut.

Sachez que la plupart des croyances médicales en terme de visites préventives et même de suivi sont erronées et que beaucoup d'entre nous travaillons pour faire évoluer la médecine de première ligne vers une médecine qui soigne et qui cible la prévention. Vous pourrez voir dans la salle d'attente, sur mon site internet et lorsque je discute avec vous que beaucoup de programmes sont en cours en ce moment pour faire changer les croyances et les mythes sur l'examen annuel par exemple, ou certains tests qui sont inutiles voir dangereux mais continuent à être prescrits. Donc, j’aime savoir pourquoi un patient veut me consulter car un rdv avec moi n’est peut être pas la meilleure solution et peut être qu’il est nécessaire mais pas tout de suite.

Vous allez donc penser que je ne veux plus vous voir et que si je vous vois je ne vous ferais plus passer de test. Ça ne pourrait pas être plus faux. Je pense que si nous améliorons l'éducation faite aux patients et leur donnons les moyens de s’occuper d'eux mêmes cela ne revient pas à ne pas les aider mais au contraire, cela permet de leur donner plus de pouvoir. Bien souvent je vois des patients qui viennent chercher leur résultat de prise de sang (bien souvent demandée sans avoir expliqué ce qu’on cherchait du coup le résultat est incompréhensible pour le patient) ou parce qu'ils errent dans le système à la recherche de ressources (c'est surtout vrai en santé mentale car cela ne coûte rien de venir me consulter mais cela coûte près de 100$ pour parler à un psychologue). Si nous offrons à nos patients plus de ressources, comme par exemple l'accès aux résultats de laboratoire en ligne après avoir expliqué pourquoi nous demandons un test, une visite avec une travailleuse sociale pour trouver des services dans la région ou une visite avec notre infirmière clinicienne qui a bien plus d'expertise que moi concernant l’ajustement de la thérapie pour le diabète (pas juste les médicaments mais tout ce qui contribue à gérer le diabète comme la diète et l'exercice) nous gardons de la place pour le jour où ce patient aura besoin d'être vu en urgence et n'aura donc pas à aller attendre 12 heures et plus car il a une infection urinaire, une période d'anxiété ou besoin de vérifier si sa médiation fonctionne. Ne vous offusquez donc pas si le secrétariat vous demande pourquoi vous voulez me voir, et pensez que cela permet de libérer les rdvs pour les choses urgentes. Imaginez vous avec votre infection urinaire, de devoir aller à l'urgence car cette journée là je ne reçois que des patients pas malades qui veulent juste me voir car c'est un du.....

Je sais que certains sont fâchés car le “club privé” est devenu trop grand. J’ai 1000 patients sur ma liste et notre ministère nous incite très très fortement à en prendre 1500 et plus. Il faut savoir aussi que même si le nombre de patients inscrits semble trop élevé par rapport à mes disponibilités, le ministère a fixé les seuils de patients à inscrire par médecin avec les données suivantes:

  • un patient non vulnérable effectue UNE visite par année

  • un patient vulnérable effectue TROIS visites par années

  • les enfants de 0 à 24 mois comptent pour 2 visites par an mais nous devons les voir 6 fois la première année et 2 fois la deuxième

  • les femmes enceintes comptent pour 4 visites mais on les voit au moins 8 fois durant l'année de leur grossesse

  • les cas de CNESST comptent pour une visite par an mais étant donné le manque d'accès en spécialité et les exigences des employeurs on voit bien souvent le patient une fois par mois durant l'arrêt de travail qui peut se prolonger sur plusieurs années.

Pour ceux qui pensent faire partie des patients vulnérables et donc compter pour trois visites, sachez que c’est une classification précise établie par le ministère et que si vous prenez des médicaments, si vous avez été hospitalisé etc cela ne veut pas dire que vous êtes vulnérables. Si vous prenez des anti hyper-tenseurs, un médicament pour le cholestérol et un pour la glande thyroïde et que vous venez d’avoir une prothèse de genou vous n'êtes pas un patient vu